Archives mensuelles : mars 2016

Edito Lettre du mrs 2015 « Parler vrai ce n’est pas du théâtre »

Parler « vrai », ce n’est pas du théâtre

Mener un entretien de qualité n’est pas aisé, c’est pourtant le préalable à toute construction  d’un itinéraire  d’insertion.
Un entretien au mrs : deux acteurs, l’accueillant (mrs) et l’accueilli (sortant de prison).
Deux rôles bien distincts : l’aidant et l’aidé.
Une scène : un bureau de quelques mètres carrés. Une durée : quarante cinq minutes à une heure environ.
L’enjeu est de faire de ce temps un espace de parole vraie.
L’aidé n’a pas l’habitude d’être écouté pour ce qu’il est. Il se rend à des entretiens « obligatoires » pour des démarches administratives ou professionnelles, dont il espère un résultat immédiat et concret. Il est souvent écouté mais pas toujours entendu.
L’aidant, l’accueillant mrs, bien que formé à l’écoute, à l’entretien, doit s’adapter à chaque sortant de prison, chaque histoire de vie, chaque situation. Il doit adapter sa posture mais aussi son langage, afin d’être réellement compris.
Comment instaurer un dialogue dans cette relation a priori inégale, et éviter la juxtaposition ou l’alternance de deux monologues ? Comment permettre à « l’aidé » de se sentir accueilli ?
La première condition est que chacun des deux acteurs soit lui-même. Aucun des deux ne doit être amené à jouer un personnage qui serait pour l’accueilli le gros dur insensible ou bien le faible malade qui se fait plaindre, et pour l’accueillant celui qui sait toujours ce qu’il faut faire et détient la vérité.
La deuxième est de s’exprimer sincèrement. L’expression passe par le langage mais aussi par le corps. L’accueillant doit veiller à la posture de son corps, elle n’est pas neutre dans la relation.  La lecture de l’expression non verbale de l’accueilli est indispensable notamment si son vocabulaire est limité.
La troisième est que chacun des protagonistes accepte l’autre pour ce qu’il est, sans préjugé ; l’accueillant doit pour sa part s’efforcer d’adopter une attitude empreinte d’empathie qui favorise la compréhension, une attitude d’ouverture et de tolérance qui favorise la parole vraie. La quatrième est de faire confiance a priori. Ce peut être difficile pour l’accueilli qui vit parfois dans un monde où l’on ne fait confiance à personne, ce peut également être difficile pour l’accueillant s’il a plusieurs fois été échaudé, voire manipulé, il peut alors être sur la défensive.

Même si ces conditions, d’égale importance, sont remplies, l’accueillant et l’accueilli doivent accepter que la bonne compréhension des problèmes, l’élaboration des solutions et leur mise en place nécessitent une collaboration dans la durée.
Il faut du temps.
Du temps pour écouter, pour découvrir, pour construire une relation plus authentique. Du temps pour faire surgir des demandes plus larges et faire surgir le meilleur. Du temps pour poser un cadre rassurant, propice à un vrai dialogue.

C’est le quotidien des accueillants mrs qui, bien formés, le font avec beaucoup d’engagement, et accompagnent les sortants de prison dans leur réinsertion sociale et professionnelle.

Claire Tranchimand