Être bénévole

La conduite de l’entretien

Il n’y a pas d’ordre dans le déroulement de l’entretien, car c’est l’accueilli qui joue le rôle privilégié :
le sujet de l’entretien est lui et lui seul.

Le travail de l’accueillant, après la vérification de la situation administrative de l’accueilli est de savoir réunir les éléments d’un diagnostic. Pour y parvenir et remplir le dossier de suivi individuel plusieurs entretiens successifs pourront être parfois nécessaires, car l’accueilli a ses réticences et son rythme propre. Arriver à formuler ses handicaps et ses atouts est loin d’être évident pour beaucoup.

Elaborer avec l’intéressé, et s’il y a lieu, avec les services et les partenaires possibles, un projet global de réinsertion voire même parfois d’insertion. Les problèmes urgents ne doivent pas faire remettre à plus tard la poursuite de cet objectif qui est la raison d’être de l’association.

Recenser, avec lui, les aides légales auxquelles il peut prétendre et lui rappeler ses devoirs et obligations envers les victimes, les diverses administrations, en particulier les services pénitentiaires d’insertion et de probation.

Inciter l’accueilli à  effectuer au moins une démarche et s’assurer de sa réalisation effective lors de l’entretien suivant.

Réévaluer à chaque entretien cette volonté de réinsertion et lier les aides matérielles aux besoins réels et aux efforts déployés par le visiteur.

Savoir faire preuve de lucidité, d’indulgence et de patience.

Les situations complexes devront être soumises à un bilan qui sera fait en concertation.

Un moment-clé

Une catégorie particulièrement digne d’attention est celle des jeunes de 18 à 25 ans qui, en parallèle au travail remarquable des missions locales en leur faveur, viennent chercher au mrs un complément de soutien et d’aide.

Si certains possèdent une bonne image d’eux-mêmes et ont une confiance suffisante dans leurs possibilités, la plupart apparaissent comme des personnalités sans repères, peu structurées, vulnérables.

Ils ont tendance à mettre leurs mécomptes et leurs déceptions au débit de la société, manifestant souvent une incompréhension à l’idée que, cette société, ce sont eux aussi, pour leur part, qui la font.

Pour ces jeunes sortants de prison, le premier entretien est un moment clé, celui où il faut que s’installe la confiance, indispensable pour le bon déroulement d’un suivi social.

En premier lieu il faut bien souvent leur apprendre à se connaître eux-mêmes, à gérer leurs émotions, à contrôler une sensibilité à fleur de peau, exacerbée qui, pour un rien, se transforme en agressivité.

Tout en écoutant des propos parfois décousus, il faut essayer de faire comprendre que l’enchaînement « difficultés familiales et sociales, échec scolaire, violence, délinquance » n’est pas une fatalité. Sans nier le poids, le handicap parfois, de ce qui a été vécu dans l’enfance et l’adolescence, et tout spécialement pour ceux qui ont connu des placements divers, il faut oser un discours exigeant sur la capacité de chacun à  rebondir et même à réussir.

Si chacun de ces jeunes accueillis a sans doute en lui les éléments de réponse aux questions que pose sa réinsertion, il faut reconnaître que ces éléments sont parfois embryonnaires. On pense en particulier à la connaissance des métiers et professions souvent fort succincte, ce qui ne favorise pas le choix  »éclairé » d’une orientation. Pour y concourir, on peut tenter le détour par les compétences extra-scolaires dont l’évocation peut révéler des atouts cachés, des capacités dormantes, le tout aidant à restaurer la confiance en soi.

Dans ces premiers échanges, il importe de s’en tenir à une attitude sans ambiguïté  : quelque soit son âge, la personne accueillie est traitée comme un adulte, seul responsable de son projet et de son devenir, et il faut se méfier d’une empathie trop enveloppante qui peut conduire, insensiblement, au co-pilotage, voire à la copropriété du projet de réinsertion.

L’accueil des jeunes sortants de prison, avec toutes les difficultés qui lui sont propres, n’est-il pas, en définitive, une des tâches les plus enrichissantes qui soient.

(éditorial de La lettre du mrs novembre 2006)