L’association

Le public accueilli au mrs

Les accueillis au mrs

Les chiffres

Ce sont environ 650 personnes sortantes de prison ou sous main de justice qui sont reçues chaque année par les équipes des 3 antennes :

70 % sont adressées au mrs par les SPIP Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation
dont en 2016, 146 personnes vues en détention dans 4 maisons d’arrêt.

Leur profil

Une population jeune, masculine à 96 % et de nationalité française pour plus de la moitié.

    • 52 % de ces hommes ont entre 25 et 40 ans. Issus majoritairement de milieux défavorisés, ils ont un niveau d’études généralement faible et peu de  formation professionnelle.
    • Pour la plupart, ils vivent dans un grand isolement, surtout sur le plan affectif.
    • 96 % d’hommes
    • 80 % sont français ou issus de la CEE
    • 68 % ont moins de 40 ans
    • 16 % ont moins de 25 ans
    • 57 % sont récidivistes*
    • 10 % sont illettrés
    • 70 % annoncent un niveau CAP
      * récidive au sens de réitération, nouvelle condamnation

Leur fragilité

Le sortant de prison est le plus souvent très fragile, marqué par le désarroi et l’inquiétude. Il éprouve de l’appréhension. Libre mais seul, confronté à la société, sa capacité d’initiative personnelle a été fortement entamée par la dépendance que crée la prison. Ceux qui s’adressent au mrs sont souvent les plus démunis psychologiquement, affectivement et matériellement.

Leurs problèmes

Les handicaps les plus marquants sont pour la grande majorité :

        • l’absence de famille ou la rupture des liens familiaux
        • l’absence de logement
        • l’absence de ressources (sauf de rares exceptions, le pécule de sortie est inexistant ou très faible)
        • la faiblesse du niveau de formation, avec un passé professionnel peu valorisant
        • la fragilité de leur santé physique et mentale
        • Des problèmes liés à la toxicomanie et à l’alcoolisme, un important besoin de suivi médical.

La multi-récidive

Derrière ce mot se trouve probablement un des plus difficiles problèmes de l’accueil des sortants de prison : le multi-récidiviste qui, aux alentours de la trentaine, a déjà encouru une quinzaine de condamnations, dont plusieurs comme mineur. Les emprisonnements, abrégés par les réductions de peines, ne sont pas de longue durée, mais, en les additionnant, on arrive couramment à cinq ou six ans de détention subis avant les trente ans révolus. Le motif de ces condamnations est majoritairement le vol, puis les violences sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue.

Les conséquences de cet enchaînement de détentions sur les premières années de la vie adulte sont bien connues : absence de formation, rupture fréquente des liens familiaux, perte de confiance en soi, habitudes de vie sans rapport avec les revenus d’une activité légale mais peu qualifiée, vie au jour le jour, sans projection sur l’avenir.

Que faire, quel langage tenir, alors que nous n’avons aucun droit à la lassitude, au découragement même si un sentiment d’usure,  d’impuissance nous gagne parfois.
La difficulté est d’autant plus grande que nous sentons bien qu’il ne s’agit pas seulement de reconstruire, de ré-insérer, mais véritablement de structurer une personnalité  qui n’a pas eu la chance de pouvoir le faire pendant son enfance ou son adolescence.

Ce que l’on peut faire, au-delà de l’écoute et de l’accompagnement classiques, c’est de saisir le moment où, une relation de confiance s’étant établie, on peut glisser, que le moment est peut-être venu de savoir ce qu’on veut faire de sa vie, que ça vaut la peine de réfléchir à certains choix.
En effet, contrairement au « j’ai pas le choix » qu’on entend si souvent, même pour eux, si défavorisés à beaucoup d’égards, un choix est toujours possible. Il faut les en persuader.

Faire passer certaines notions, certains repères, n’est certes pas facile. En matière d’atteintes aux biens par exemple, comment faire admettre, une fois pour toutes, que ce n’est pas parce qu’on vit dans un pays riche, qu’on a le droit de s’approprier un portable ou un deux-roues dont a jugé qu’on avait absolument besoin. Il semble que ce soit seulement lorsqu’on arrive à les faire se projeter dans l’avenir – « si vous continuez à passer quatre ou cinq mois par an en prison, quelle sera votre vie à cinquante ans? » – qu’une prise de conscience sur la nécessité de respecter (à peu près…) la loi peut lentement se faire.
(Editorial de La lettre du mrs, mai 2003)

Leur nouveau départ

Pour retrouver son autonomie, le sortant de prison a besoin de repères et d’un soutien actif.
Le mrs l’accompagne et l’aide dans sa réinsertion tout en lui rappelant que s’il a des droits dans la société, il a aussi des devoirs envers elle s’il veut être pleinement reconnu comme citoyen.
Quelles que puissent être les difficultés à surmonter, spécialement en cas de multi-récidive, un nouveau départ est (presque) toujours possible. Les témoignages en ce sens sont nombreux.

Un exemple parmi d’autres :
témoignage d’un sortant de prison, Mansour L.

Après une quatrième peine de prison, toutes pour vol, Mansour est arrivé au mrs.

Comment avez-vous connu le mrs ?
Par le SPIP, le Service de Probation et d’Insertion de l’administration pénitentiaire qui m’a donné votre adresse à ma sortie de prison fin 2009.

Qu’avez-vous pensé de l’accueil reçu ?
Je m’en souviendrai toujours : c’était un accueil vraiment chaleureux, attentif. La personne qui m’a ouvert la porte m’a écouté longuement et a listé toutes les démarches que je devais faire pour réussir ma réinsertion.

Quelle sorte de démarches ?
Vous savez, lorsque j’ai frappé à la porte du mrs j’étais vraiment coincé. J’étais  carrément à la rue depuis plusieurs jours. On m’avait jeté dehors direct. Je me voyais mal une fois de plus mais le mrs m’a trouvé une petite chambre d’hôtel en m’expliquant qu’il s’agissait d’un premier dépannage en attendant de dégoter un hébergement plus stable. C’est ce qui s’est passé. Mais la personne qui m’a accueilli m’a aussi indiqué les adresses et les téléphones  des administrations où l’on obtient les différents documents permettant d’accéder à la Sécurité sociale, aux allocations comme le RSA, aux aides alimentaires, aux soins médicaux et surtout à un travail. J’ai pu avoir des missions d’intérim grâce à ces adresses et aux interventions du MRS. Puis j’ai intégré une formation  d’agent polyvalent de restauration dénichée par Le VERLAN, l’association qui me loge depuis 18 mois, celle où  le mrs m’a adressé. Au début je donnais 10 % de mes  revenus – le RSA – pour le loyer et à présent je paye la moitié de ce loyer soit 235 euros grâce à l’allocation de logement temporaire. Je me sens enfin en sécurité.

Quel est aujourd’hui votre projet ?
Ma formation théorique et pratique s’est terminée au début de l’année et maintenant je cherche du travail. À l’issue de la formation, j’ai appris aussi à rédiger des lettres de motivation, des CV, à me présenter à un employeur, bref à chercher du travail.

Que pensez-vous finalement de l’action du mrs ?
Après ma quatrième condamnation, j’ai bien cru que ma galère allait se reproduire. À chaque fois, en sortant de prison, je me retrouvais dans la même situation, sans issue, sans argent, à la rue et je recommençais mes bêtises. Pas une seule personne ne me donnait un coup de pouce pour me montrer le bon chemin, le chemin qui permet de ne pas retomber dans les conneries. Et pour répondre à votre question, je pense que ce chemin parcouru depuis ma libération, je le dois pour 70 % au mrs.

Cette réinsertion dépend aussi beaucoup de vous-même, non ?
Oui, bien sûr, si l’ex-détenu n’est pas motivé, s’il ne veut pas faire les démarches indispensables, rien ne peut réussir. Moi, j’ai utilisé les moyens fournis par le mrs, c’est-à-dire la base de la réinsertion.

Donc vous tirez un trait sur la délinquance ?
Pour moi c’est terminé. J’ai un diplôme en poche dont je suis fier, j’ai une chambre, je suis à la recherche d’un emploi avec ce diplôme en main. Je me sens, pour la première fois, à 31 ans,  beaucoup plus stable.